UN EXPLOIT CHINOIS OU L'ALUNISSAGE

SUR LA FACE CACHEE DE LA LUNE

Une première: la Chine vient de réussir le premier alunissage sur la face cachée de la Lune.

Le rover de la mission Chang'e 4, qui avait quitté la Terre le 8 décembre, s'est posé sans encombre à 10 h 26, heure de Pékin, a indiqué l'Administration spatiale nationale chinoise dans un communiqué de presse.

Il a atterri dans le cratère Von Kármán à 177,6 degrés de longitude est et à 45,5 degrés de latitude sud. Large de 186 kilomètres, ce cratère est situé dans le bassin Aitken, un ancien cratère d'impact d'une largeur de 2.500 kilomètres et d'une profondeur de 12 kilomètres.

Une prouesse technologique

C'est un exploit technologique pour la Chine, premier pays à réussir un alunissage sur la face cachée.

La face cachée est montagneuse et accidentée, parsemée de cratères, alors que la face visible offre de nombreuses surfaces planes pour se poser. Chang’e 4 – du nom de la déesse de la Lune dans la mythologie chinoise – a été envoyé dans une région du pôle sud de l’astre lunaire, le Bassin Aitken, dont le terrain est complexe et escarpé.

Ni les États-Unis ni la Russie et encore moins l'Europe ont exploré depuis le sol cette partie méconnue de la Lune même si des sondes en orbite autour de la Lune l'ont survolée et ont cartographié la totalité de sa surface.

Un autre défi consiste à parvenir à communiquer avec le robot lunaire : la face cachée étant toujours orientée dans le sens opposé à la Terre, il n’y a pas de « ligne de mire » directe pour transmettre les signaux, sauf à installer un relais.

À cet effet, les ingénieurs chinois avaient donc lancé en mai un satellite baptisé Queqiao (« Le Pont de la pie »), positionné en orbite lunaire, de façon à relayer les ordres et les données échangées entre la Terre et le module.

La Chine utilisera donc le satellite de relais Queqiao en orbite autour du deuxième point de Lagrange (L2) du système Terre-Lune situé à environ 455.000 kilomètres de notre Planète.

Comme Chang'e 3, le rover Chang'e 4 est doté d'une caméra panoramique et d'un radar pour sonder le sous-sol. Il embarque en plus un spectromètre imageur dans le visible et le proche infrarouge.

Un grand intérêt scientifique

Cette région méconnue de la Lune présente un grand intérêt scientifique : elle pourrait contenir des matériaux exposés provenant du manteau supérieur de la Lune.

Ainsi le rover permettra l'étude de l'impact des vents solaires sur la surface lunaire pendant au minimum trois mois.

Une expérience dans le domaine biologique, que 28 universités chinoises ont élaborée, sera également menée.

Des graines d'Arabidopsis, de pommes de terre, de tomates seront plantées pour voir si elles émettent de l'oxygène par photosynthèse.

Le rover a aussi envoyé ses premières images qui sont historiques.

Des clichés inédits donc car les premiers pris depuis la surface de la face cachée de la Lune.

Les ambitions affichées de la Chine

Avec cet exploit, Pékin s’affirme comme une grande puissance spatiale mais l'agence spatiale chinoise, à la pointe de l'exploration robotique de la Lune, ne compte pas en rester là.

Après Chang'e 4, la Chine prévoit une autre mission sur la face cachée mais pour y rapporter des échantillons lunaires, ce qui n'a plus été fait depuis la mission habitée Apollo de la Nasa.

Trois autres missions robotiques sont également planifiées à destination des pôles lunaires.

Au-delà de ces missions robotiques, le géant asiatique, qui a par ailleurs dévoilé en novembre 2018 une réplique de sa première grande station spatiale (»Palais céleste »), projette de la rendre opérationnelle aux alentours de 2022.

Elle deviendrait la seule station à évoluer dans l’espace après la retraite programmée en 2024 de la station spatiale internationale (ISS) – qui associe États-Unis, Russie, Europe, Japon et Canada.

La Lune, poste avancé pour l’espace

Tout pays qui commence l’exploration spatiale commence par la Lune, destination accessible, alors que Mars est lointaine et coûte cher. La lune apparaît maintenant comme la première étape pour des habitats spatiaux

La Nasa, elle aussi, étudie l’idée d’un « portail en orbite lunaire » (l’ancien « Deep Space Gateway »), qui transformerait la Lune en avant-poste de la conquête d’autres planètes. Un avant-poste lunaire qui pourrait servir de « point relais » menant à Mars.

Jenny Chase pour DayNewsWorld