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LOUIS DE FUNES BIENTOT A L'HONNEUR

DE LA CINEMATHEQUE

Saviez-vous que la programmation du film Le Corniaud, le 4 mars dernier sur France 2 a réuni 3,7 millions de personnes, soit 15,9% du PDA. Louis De Funès fait partie du patrimoine culturel français, de notre imaginaire commun au même titre que Johnny Hallyday ! .

Louis de Funès revient donc sur le devant de la scène. Presque quarante ans après sa mort, le monstre sacré du cinéma français sera à l'honneur de la Cinémathèque française, qui lui consacrera en avril une grande exposition.

Cette annonce intervient alors que le musée Louis de Funès rouvre ses portes cet été à Saint-Raphaël.

N' en déplaise à quelques intellectuels chagrins qui s'insurgent  ne comprenant pas comment le haut-lieu de la cinéphilie française peut célébrer, après Scorsese, Gus Van Sant et Sergio Leone, l'interprète de Pouic-Pouic et du Gendarme !

Louis de Funès représente à lui seul toute une chronologie du cinéma français. On l’a vu en noir et blanc dans les années 40-50, chez Jack Becker et Claude Barma qui lui ont donné ses premiers petits rôles.

Il a également travaillé pour Sacha Guitry, roi du Tout-Paris. Il a ensuite donné la réplique à Robert Lamoureux dans Papa, maman, la bonne et moi, de Jean-Paul Le Chanois, et à Jean Gabin dans l’incontournable Traversée de Paris de Claude Autant-Lara.

Au tournant des années 60 il a commencé à collaborer avec Jean Girault. Dans la grande saga du Gendarme, il est celui autour de qui tout tournait, à commencer par les actrices qui se damnaient pourêtre son épouse sur grand écran. Il y aura Jacqueline Maillan, Annie Girardot et, bien évidemment, Claude Gensac.

Il est celui qui a joué avec toutes les stars de l’après-guerre, de Jean Marais à Lino Ventura, en passant par Michel Serrault.

De Funès était aussi un touche-à-tout. Comédien, au cinéma mais aussi beaucoup au théâtre, il était également doubleur de films américains, conteur d’historiettes pour enfants, chanteur et pianiste hors pair. Il il a co-réalisé notamment L'Avare avec Jean Girault et participé à l'écriture d'une demi-douzaine de scénarios avec plus ou moins de succès.

Retracer la carrière de De Funès, c’est donc un moyen d’évoquer tous ces grands noms qui sont le cinéma français,

Mais Louis De Funès , c'est aussi ce Grand Monsieur du cinéma qui a inventé une façon de jouer, une façon de faire rire, une façon de se tourner en ridicule.

On reconnaît notamment son génie dans la capacité qu’il avait d'improviser. Pour preuve, cette scène de L’Homme orchestre (1970) où il raconte Le Loup et l’Agneau à sa manière. Une séquence tournée en une seule prise, par le réalisateur Serge Korber qui ne l’avait pas préparée, laissant l’artiste à son pouvoir de création!

« De Funès (…) c'est un corps branché sur générateur électrique qui occupe tout l'écran, un visage tellement anodin qu'il en devient archétypal, une expressivité qui attire la caméra en éclipsant tout ce qui l'entoure, bref un parfait objet de cinéma à lui tout seul, transfigurant les codes du boulevard franchouillard. », écrit un spécialiste de cinéma.

La réelle présence de ce petit homme exaspérant sculpte à chaque geste la légende d'un héros populaire qui donne à rire. Il est un archétype: celui du bourgeois français catholique, qui ne croit plus au Bon Dieu que par conformisme, et fait passer ses intérêts avant ceux du drapeau.

Il incarne la médiocrité du citoyen lambda, toujours persuadé d'être dans son bon droit, de penser comme il faut, de défendre les vraies valeurs de la France. Le voir sortir de ses gonds dès que quiconque ose remettre en question ses certitudes est un délice de tous les instants.

Si parfois on a du mal à adhérer au jeu outrancier de l'acteur et aux univers dans lesquels il évoluait, de Funès a cependant endossé le rôle du bourgeois étriqué et mesquin sans provoquer autre chose que le rire, sans jamais susciter la rancœur ou l'indignation.

Si parfois de Funès s'est commis dans d'épouvantables navets ,la scène de la visite de l'appartement de Blas dans La Folie des grandeurs, ou le «Salomon, vous êtes juif?» de Rabbi Jacob resteront à jamais des pépites du comique français, dans la filiation directe de Molière.

De grands réalisateurs l'avaient compris de Oury, Zidi, en passant par Hunebelle, à Girault qui ont dirigé Louis de Funès dans leurs longs-métrages.

Décédé il y a 36 ans, de Funès inspire encore des générations d’artistes, d’Alexandre Astier à Vincent Dedienne, qui revendiquent son héritage.

Et François Truffaut, novateur de la Nouvelle Vague, n'avait-il pas confié dans une lettre à Gérard Oury « J'ai beaucoup aimé Le Corniaud... ».

Joanne Courbet pour DayNewsWorld