TROIS LAUREATS POUR LE PRIX NOBEL D'ECONOMIE

ESTHER DUFLO , ABHIJIT BANERJEE

ET MICHAEL KREMER

Le prix Nobel d’économie a été attribué lundi à la Franco-Américaine Esther Duflo et aux Américains Abhijit Banerjee et Michael Kremer pour leurs travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde.

Les deux premiers, mari et femme dans le civil, travaillent sur la pauvreté et ont créé leur laboratoire au sein du MIT, à Boston. Le tandem Duflo-Banerjee mènent des recherches au plus près du terrain, de l’Inde à la Chine en passant par le Chili ou le Mexique. Ils observent de quelle façon les habitants les plus pauvres de la planète prennent leurs décisions économiques.

Et cela afin de définir quelles seraient les meilleures politiques pour les sortir de leur condition. Ils ont introduit dans la discipline la notion d'expérimentation en situation réelle, grâce à des évaluations d'impact aléatoires.

A partir de ce travail minutieux, les deux chercheurs ont remis en cause certaines idées reçues sur la lutte contre la pauvreté, comme l'utilité de subventionner les prix des produits alimentaires de base, l'efficacité du micro-crédit, ou encore le lien de causalité entre la pauvreté d'un pays et la situation de famine qui peut s'y installer. Ces analyses à contre-courant, le tandem Duflo-Banerjee les a développés dans un livre, Repenser la pauvreté, paru en France aux éditions du Seuil.

« Je suis ravie que l'innovation sociale soit reconnue sur le même plan que les innovations technologiques », déclare celle qui en 2012 a été conseillère économique d'Obama sur le développement.

Michael Kremer, ancien du MIT aujourd’hui à Harvard, a publié, en 2004, un article marquant dans la revue Econometrica, où il utilisait une méthode banale de la recherche médicale, « l’évaluation par échantillonnage aléatoire » (randomized controlled trials, RCT), pour évaluer l’impact de l’administration d’un médicament à des enfants kényans sur leur fréquentation scolaire.

Le principe de la RCT est d’évaluer l’efficacité d’un traitement en comparant la situation d’un échantillon de population « traitée », dite « population test », à celle d’une population non traitée, dite « population témoin » ou « groupe de contrôle ».Michael Kremer a « démontré à quel point cette approche peut être puissante en utilisant des expériences de terrain pour tester diverses interventions susceptibles d’améliorer les résultats scolaires dans l’ouest du Kenya », explique l’Académie.

Les travaux conduits par les lauréats « ont introduit une nouvelle approche (expérimentale) pour obtenir des réponses fiables sur la meilleure façon de réduire la pauvreté dans le monde », a annoncé à Stockholm le secrétaire général de l’Académie royale des sciences, Göran Hansson. Leurs recherches, ainsi que celles de Michael Kremer ont transformé l'économie du développement, affirme l'institution suédoise.

« Malgré de récentes et importantes améliorations, l’un des défis les plus urgents de l’Humanité est la réduction de la pauvreté dans le monde, sous toutes ses formes », rappelle l’académie.

Quelque 700 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté, selon la Banque mondiale.

Jaimie Potts pour DayNewsWorld