CORONAVIRUS ET KRACH PETROLIER

Les marchés mondiaux ont subi une forte chute ce lundi 9 mars 2020.

L’effondrement du prix du pétrole et l’épidémie de coronavirus ont provoqué l’angoisse des Bourses. De nombreux indices ont complètement dévissé ce lundi. Les cours du baril s’effondraient de 25 %, lundi, l’Arabie saoudite et la Russie ayant engagé une guerre des prix. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont l’acteur principal est l’Arabie Saoudite] et la Russie (2e producteur mondial d’or noir) se sont réunis vendredi 6 mars 2020, à Vienne, en Autriche, pour évoquer une baisse de la production.

Leur but était de maintenir les prix en réponse à la baisse de la demande engendrée par le coronavirus. Mais le ministre russe de l’énergie, Alexander Novak, a fait voler en éclats l’alliance entre Moscou et Riyad qui présidait depuis trois ans à l’équilibre délicat du marché. Mais ils n’ont pas trouvé d’accord.

Affaiblissement de l' OPEP

La Russie ayant refusé de réduire sa production, l’Arabie Saoudite a répliqué en ouvrant littéralement les vannes : sa production journalière de pétrole a augmenté d’un million de barils par jour. Il n’en fallait pas plus pour provoquer une descente vertigineuse du prix de l’or noir. En quelques heures, le monde du pétrole est passé d’une situation tendue à une crise majeure. Les cours ont chuté lourdement en Asie.

Le baril de brent de la mer du Nord a plongé de 25 %, à 33,90 dollars (30 euros). Ce décrochage ne semble pas près de s’arrêter. Les observateurs du marché s’accordent à dire que, dans les prochaines semaines, le cours pourrait atteindre son niveau historiquement bas de 2016, en dessous de 30 dollars.

En Asie, la chute a atteint 30 % ce lundi, la plus importante baisse depuis la guerre de Golfe en 1991. Sur les marchés européens, la baisse était légèrement moindre (- 20 %).

Un choc dont les conséquences économiques et sociales risquent d’être sévères. L’épidémie de coronavirus qui continue de se propager et d’inquiéter, mais aussi l’effondrement du marché pétrolier ont agi comme un catalyseur.

Baisse de la bourse

La bourse a dévissé ce 9 mars 2020. Que ce soit la Bourse de Hong Kong (- 4 %), celle de Londres (- 7 %), le CAC 40 à Paris (- 8,3%, pire séance depuis 2008) ou encore Francfort (- 7,9%), aucune place financière n’a été épargnée par un plongeon brutal. A tel point qu’à Wall Street (- 6 % pour le Nasdaq), les échanges ont été suspendus durant un quart d’heure à l’ouverture – un « coupe-circuit » destiné à éviter une panique générale qui n’avait jamais été utilisé depuis sa mise en place à New York, en 2013.

Un ralentissement économique mondial est de plus en plus probable.

Avant ce lundi, le cours de pétrole avait déjà baissé à cause des conséquences économiques du coronavirus qui ralentit l'activité et entraîne donc une baisse de la consommation de pétrole.

Moins de pétrole consommé, c’est une production mondiale qui ralentit et qui crée moins de richesses, d’où l’inquiétude généralisée des marchés, accentuée par la décision de l’Arabie Saoudite de « noyer » le cours du pétrole. « On est dans un rapport de force habituel, l'Arabie Saoudite a souvent eu ce genre de comportement

« Un recul prolongé de la consommation, en plus de fermetures prolongées d’entreprises, attaquerait les bénéfices, conduirait à des suppressions d’emplois et pèserait sur le moral » des acteurs économiques, écrivaient lundi les analystes de Moody’s.

Bataille économique et politique

Mais au-delà de cette plongée des cours du pétrole, c'est un enjeu de stratégie géopolitique qui se joue. En effet il s'agit avant tout d' une bataille économique et géopolitique entre les trois plus gros producteurs mondiaux que sont les Etats-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite. Historiquement, le cartel de l’OPEP, dirigé par Riyad, menait le jeu au niveau mondial. Cependant, depuis 2015, l’échiquier de l’or noir est totalement bouleversé, avec le développement rapide du pétrole de schiste aux Etats-Unis, et en particulier dans la région texane du bassin permien.

Et Poutine, excédé par les sanctions américaines qui ont sabordé le Nord Stream 2, en ne cédant pas aux demandes du royaume saoudien de stabilisation des prix de l'or noir, lors de la réunion de l'Opep de vendredi dernier a, en réalité, une déclaration de guerre contre l'administration Trump qui ne se gêne pas d'employer le pétrole comme arme économique et politique.

« On la considère comme l'équivalent d'une déclaration de guerre sur le marché pétrolier. Une rupture entre deux des plus grands producteurs de brut, l'Arabie saoudite et la Russie, sur la façon de répondre à l'effondrement de la demande provoquée par l'épidémie galopante de coronavirus, a provoqué une chute des cours du pétrole », écrit le « Financial Times ».




Simon Freeman pour DayNewsWorld