ALGERIE BEATIFICATION DES MOINES DE TIBHIRINE

Ce samedi sept moines de Tibhirine sont béatifiés à la chapelle Santa Cruz d'Oran, avec douze autres religieux catholiques, dont monseigneur Pierre Claverie, victimes eux aussi de la violence terroriste islamiste en Algérie des années 1990.

Ces religieux ont refusé de quitter le pays après la décolonisation puis lors de la décennie de sang qui a frappé le pays. En 1993 l'Algérie plonge dans la terreur d'une guerre civile qui fait 150000 à 200000morts.

Le GIA islamiste sème la terreur et, à la veille de Noël, un émir demande aux moines de quitter le pays. Leur vie est alors en danger, mais les religieux décident de rester.Deux ans plus tard, en 1966, sept des neuf moines trappistes de la communauté de Tibhirine sont enlevés, puis assassinés par le GIA.

Cette idée de leur reconnaissance officielle par l’Église a germé il y a une petite vingtaine d’années et en janvier de cette année, le pape a signé le décret par lequel ils ont officiellement été reconnus martyrs.  Comme le veut la tradition de l’Église catholique ses bienheureux sont célébrés là où ils ont vécu.

Il s'agit d'un événement historique pour l’Algérie, pour les chrétiens qui y vivent comme pour l’Église universelle. « Il est très rare qu’une béatification intervienne si peu de temps après la mort des personnes concernées et tout aussi inédit qu’elle touche à une mémoire encore aussi sensible vingt ans après », a reconnu Mgr Jean-Paul Vesco, lors d’une récente conférence organisée au Centre Pierre Claverie, à Oran, devant un public algérien. Au nom de la « concorde civile » et de l'unité nationale cette « décennie noire » de la guerre civile reste encore tabou.

La décision des autorités algériennes et en particulier du ministre des affaires religieuses, Mohamed Aissa, d’accueillir la célébration est lourde de sens. Elle témoigne d'une forme de reconnaissance pour les Algériens convertis au protestantisme, d’une reconnaissance aussi de l’identité amazigh (berbère) de l’Algérie et plaide en faveur d’une Algérie plurielle.

A travers cette béatification  exceptionnelle, une première en terre d’islam est montré également que des hommes et des femmes d’église ont été tués aux côtés de  musulmans qui rejetaient la radicalisation et la violence .

Cette béatification exceptionnelle marque une avancée dans le  dialogue interreligieux.

Carl Delsey pour DayNewsWorld