SOUDAN L'HORREUR DES EXECUTIONS DE MASSE ET L'UNE DES PIRE CRISES HUMANITAIRES AVEC 15 MILLIONS D'ENFANTS AFFAMES |
Depuis l'entrée l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023, le Soudan est en proie à une guerre civile fragmentée aux conséquences catastrophique.
Ce conflit entre deux généraux jadis alliés, Mohamed Daglo, surnommé Hemmeti, à la tête des FSR, et Abdel Fattah Al-Bourhane, chef d'état-major, constitue la quatrième guerre civile d'un Soudan travaillé depuis toujours entre Nord, Sud, Est et Ouest, après celles de 1955-1972, 1983-2005 et 2003-2020. L'horreur des massacres Les paramilitaires des Forces de soutien de rapide ont commis des massacres dans la ville d'El-Fasher, mais la communauté internationale semble impuissante.
Les images satellites montrent les incendies dans la ville d'El Facher, où des vidéos vérifiées établissent que des centaines de civils ont été exécutés. Près de 450 femmes et enfants massacrés de sang-froid dans une maternité, et peut-être jusqu'à 7.000 civils tués dans la ville soudanaise d'El-Fasher. La guerre civile au Soudan déclenchée en avril 2023 entre les forces loyalistes et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a franchi encore un palier dans l'horreur ces derniers jours. Nombre de témoignages et de vidéos vérifiées par l'ONG Human Rights Watch (HRW) montrent des civils de tout âge exécutés par balles ou pendaisons. Fuyant pillages, tortures, massacres et viols, près de 36.000 habitants de la ville conquise par les paramilitaires des FSR, la dernière des cinq préfectures du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée régulière, ont fui à pied le week-end dernier. Les FSR, qui ont annoncé ce vendredi l'arrestation de quelques militaires auteurs des exactions, sont désormais maîtres de l'ensemble du Darfour, vaste région de l'ouest du pays. Un conflit territorial L’armée domine l’Est et le Nil, les FSR tiennent le Darfour et l’Ouest du pays, tandis que plusieurs villes sont assiégées ou disputées. Ces violences ne sont pas une surprise.
C’est l’aboutissement de plusieurs mois de tension entre les deux groupes et surtout leurs deux chefs. À l'origine de cette situation, une lutte de pouvoir entre les deux généraux les plus puissants du Soudan. D'un côté, le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Burhan, qui dirige de facto le pays. De l'autre, son numéro deux, le général Mohamed Hamdane Daglo, surnommé « Hemetti », à la tête des Forces de soutien rapide (RSF, en anglais), une puissante force paramilitaire. Pour comprendre cette rivalité, il faut remonter au 11 avril 2019. Ce jour-là, le dictateur Omar el-Béchir est renversé par un coup d’État militaire. Al Burhan et sa junte prennent le pouvoir. Hemetti est numéro deux du régime. Le Soudan se dirige vers un transfert du pouvoir aux civils, mais en octobre 2021, les militaires font un nouveau putsch. Al Burhan et Hemetti sont à la manœuvre pour faire échouer la transition démocratique. Comment en est-on arrivé là ? En octobre 2021, les deux généraux ont donc fait front commun pour évincer les civils avec lesquels ils partageaient le pouvoir depuis la chute du dictateur Omar el-Béchir en 2019.
« Un mariage de raison » pour le putsch, explique le chercheur Hamid Khalafallah. « Ils n’ont jamais eu de partenariat sincère mais des intérêts communs face aux civils ». Et les brèches de l’union sacrée sont rapidement apparues au grand jour : Le chef des Forces de soutien rapide (FSR), Hemedti, a plusieurs fois dénoncé l’« échec » d’un putsch qui a réinstauré « l’ancien régime » de Béchir, selon lui. Puis le conflit s’est intensifié quand il a fallu signer les conditions d’intégration de ses hommes aux troupes régulières, dans le cadre de l’accord avec les civils qui devait relancer la transition démocratique. Pour les experts, cet accord a ouvert la boîte de Pandore : en laissant les militaires négocier entre eux, « Hemedti est passé du statut de second à celui d’égal de Burhane », affirme Kholood Khair, qui a fondé le centre de recherche Confluence Advisory à Khartoum. Se sentant « plus autonome face à l’armée », Hemedti a vu une opportunité de réaliser « ses très grandes ambitions politiques », abonde Alan Boswell, en charge de la Corne de l’Afrique à l’International Crisis Group. La question épineuse restait à régler : comment intégrer les Forces de soutien rapides de Hemetti au sein de l’armée régulière. Et puis qui pour contrôler les soldats ? Qui pour contrôler les armes ? Autre pomme de discorde, la présence depuis le règne d'Omar el-Béchir de nombreux officiers islamistes dans l'armée soudanaise, que le général Hemedti souhaitaient purger. Depuis le coup d’État d’octobre 2021, le courant islamiste, qui bénéficiait déjà d’importants soutiens au sein de l’armée, s’est renforcé avec la bénédiction du général al-Burhan. C’était l’un des principaux points de crispation avec le général Hemedti. Les deux généraux ont des positions opposées. L'armée voulait une intégration très rapide, dans une échéance d’un ou deux ans. Le général Al-Burhan, soutenu par l’Égypte, et sous pression de certains cadres islamistes de l’armée, conditionnait la signature de l’accord à l’intégration des RSF dans les rangs de l’armée, sous son commandement. Les RSF voulaient garder une autonomie jusqu'à une dizaine d'années. Hemetti refusait catégoriquement de laisser son rival commander ses hommes et acceptait de placer ses forces seulement sous l’autorité d’un chef d’État civil, et à condition que l’armée soit purgée de ses éléments islamistes. Cette réforme de la sécurité, enjeu central du transfert de pouvoir vers les civils, a donc mis le feu aux poudres. Ancienne rivalité de puissance économique Mais la rivalité entre les deux hommes est plus ancienne. Depuis des années, les Forces de soutien rapide du général Hemetti n’ont cessé de monter en puissance. Constituée de 80 à 120 000 hommes, bien équipés, bien entraînés, cette force en forme d’électron libre, qui ne répondait pas au pouvoir central, a suscité un mécontentement dans l’état-major de l’armée régulière. Avec l’envoi de mercenaires au Yémen et la manne financière de la contrebande d’or pour le compte des Émirats arabes unis, Hemetti est aussi devenu l’un des hommes les plus riches et puissants du pays. La rivalité entre Al-Burhan et Hemetti est également personnelle. Les deux officiers se connaissent bien, ils ont tous les deux opéré au Darfour pendant la guerre civile dans les années 2000 puis durant la guerre du Yémen. Et ils sont en concurrence depuis plusieurs années pour récupérer un certain nombre de réseaux de ressources depuis la révolution de 2019. Tout cela n’a fait qu’envenimer les choses au fil des mois. Avec une accélération durant les négociations politiques. Chaque camp a recruté massivement, notamment parmi la jeunesse du Darfour, la grande région de l’Ouest. Mais derrière ce jeu de contrôle des terres et des rivalités, c’est une crise humaine sans précédent qui se dessine, avec des chiffres alarmants. Les chiffres de la catastrophe humanitaire Les déplacements forcés atteignent des niveaux records. Depuis le début du conflit, près de 13 millions de personnes ont dû quitter leur foyer, dont 8,6 millions à l’intérieur du pays et plus de 4 millions réfugiés à l’étranger. D’autres estimations avancent 12 millions de déplacés, avec 7,7 millions restés sur le sol soudanais. Chaque semaine, de nouvelles familles prennent la route, fuyant les combats, la famine ou les violences.
Les violences directes contre les civils s’ajoutent à ce tableau dramatique. Dans les camps de déplacés du Darfour, plus de 100 personnes ont été tuées lors d’attaques en 2025. La prise du camp de Zamzam par les FSR en avril a provoqué la fuite de 400 000 habitants et la destruction des infrastructures vitales. Dans le Darfour Nord, plus de 480 civils ont été massacrés en un mois. À Khartoum, en février 2025, un bombardement sur le marché d’Omdurman a tué 56 personnes et en a blessé 158. La faim progresse à une vitesse alarmante. Plus de 25 millions de Soudanais, soit plus de la moitié de la population, vivent aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Dans certaines zones du Darfour Nord, les conditions de famine sont désormais établies. Dans la ville assiégée d’El-Fasher, le réseau médical local rapporte que 23 personnes sont mortes en un mois des suites de la malnutrition. Au total, 15 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire urgente, la moitié ayant moins de cinq ans. Les épidémies frappent un système de santé déjà à genoux. Le pays traverse l’une des pires crises de choléra de son histoire récente, avec 382 718 cas confirmés et 4 478 décès enregistrés depuis 2024. Dans le Darfour, on compte plus de 12 700 cas et 358 morts. Parallèlement, la dengue progresse rapidement, avec plus de 2 000 nouveaux cas enregistrés en une seule semaine. Le 24 janvier 2025, un bombardement de drones a frappé un hôpital maternel à El-Fasher, causant la mort de 70 personnes. Une réaction internationale inexistante
Malgré l’inquiétude exprimée par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui a dénoncé l’escalade des violences à El-Fasher, la réponse de la communauté internationale reste timide, voire inexistante. Aucune mobilisation notable, ni politique, ni humanitaire, n’a émergé, que ce soit en Occident ou même sur le continent africain.
La guerre, qui a déjà fait des centaines de milliers de morts en deux ans et demi, ne suscite ni indignation populaire ni pression diplomatique déterminante. L’envoi d’une force d’interposition est exclu : le pays est vaste, instable, saturé de groupes armés équipés de drones. Quant aux sanctions économiques, elles restent sans effet sur des responsables militaires dépourvus d’intérêts financiers structurés.
Selon plusieurs rapports onusiens, les Forces de soutien rapide (FSR) bénéficient d’un appui décisif des Émirats arabes unis, soucieux d’empêcher un retour aux affaires des islamistes proches de l’ex-président Omar Al-Bachir, renversé en 2019. Les FSR reçoivent aussi, de manière plus discrète, le soutien de plusieurs pays africains frontaliers, dont le Kenya, l’Éthiopie, l’Ouganda et le Tchad.
En face, le régime militaire de Khartoum s’appuie sur l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Russie, l’Iran et la Turquie. Tous ces États nient toutefois toute ingérence, alors même que leurs intérêts stratégiques s'entrecroisent sur le terrain.
Le grand jeu des puissances mondiales
La radicalisation du conflit pourrait paradoxalement pousser les États-Unis à intensifier leurs efforts diplomatiques. Washington tolère le pouvoir militaire en place tant qu’il exclut tout retour des islamistes, une position qui rejoint, pour l’instant, celle d'Abou Dhabi. Mais les ambitions des Émirats irritent profondément l’Arabie saoudite, ouvrant une nouvelle ligne de fracture régionale.
Marc Lavergne, spécialiste du Soudan, souligne de son côté le jeu d’équilibre mené par les grandes puissances – États-Unis, Russie et Chine. Aucune ne souhaite s’impliquer directement, de peur de contrarier ses partenaires régionaux et de se retrouver prise dans un conflit où s’affrontent intérêts égyptiens, éthiopiens, émiratis ou saoudiens.
Les négociations menées depuis des mois par un quatuor (États-Unis, Égypte, Émirats arabes unis, Arabie saoudite) sont au point mort, sans cesse contredites par les réalités du terrain.
Alors que l’armée régulière et les FSR s’affrontent pour le contrôle des villes et des régions, aucun camp ne paraît en mesure de remporter une victoire décisive. Les civils subissent un siège permanent : famine, déplacements forcés, bombardements, épidémies. Avec près de la moitié de sa population déplacée et une insécurité alimentaire touchant plus de 25 millions de personnes, le Soudan s’enfonce dans l’une des pires crises humanitaires contemporaines, menaçant non seulement la survie de ses habitants mais aussi la stabilité de toute la région. Une guerre sans vainqueur, un peuple sacrifié... |
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| Andrew Preston pour DayNewsWorld |
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MADAGASCAR UN COUP DE FORCE MILITAIRE SCELLE LA CHUTE DU PRESIDENT ANDRY RAJOELINA |
La crise politique qui secoue Madagascar depuis plusieurs semaines vient de connaître un tournant décisif. Ce mardi 14 octobre 2025, une faction de l’armée ayant rallié le mouvement de contestation populaire a annoncé la prise du pouvoir, quelques heures à peine après le vote de destitution du président Andry Rajoelina par l’Assemblée nationale. Cette rupture brutale marque la fin d’un régime affaibli par la rue, divisé par la mutinerie et désormais isolé sur la scène internationale.
Une double rupture institutionnelle à Antananarivo
Dans un climat de tension extrême, le colonel Michael Randrianirina, chef d’une unité militaire insurgée, a pris la parole devant le palais présidentiel d’Antananarivo, au cœur de la capitale malgache. Entouré de ses hommes, il a déclaré :
« À partir d’aujourd’hui, nous prenons le pouvoir. Le Sénat et la Haute Cour constitutionnelle sont dissous. L’Assemblée nationale peut continuer à travailler. »
Cette déclaration fait suite au vote historique de l’Assemblée nationale, qui, par 130 voix sur 163, a prononcé la destitution du président Andry Rajoelina. Ce dernier, anticipant le scrutin, avait tenté de dissoudre le Parlement quelques heures plus tôt, dénonçant une « réunion dépourvue de base légale ». Mais cette manœuvre n’a pas suffi à enrayer le processus.
Pour la première fois depuis la transition de 2009 – à laquelle Rajoelina avait lui-même accédé par la force –, le pouvoir civil malgache se retrouve renversé par un mouvement à la fois populaire et militaire. Les institutions garantes de l’équilibre républicain, telles que la Haute Cour constitutionnelle, sont désormais suspendues, ouvrant une période d’incertitude politique majeure.
Des mutineries en chaîne dans les forces de sécurité
L’annonce du colonel Randrianirina n’est pas un événement isolé. Depuis plusieurs jours, une série de défections au sein de l’armée et de la gendarmerie a profondément ébranlé les structures sécuritaires de l’État.
Ce lundi matin, le général Nonos Mbina Mamelison a été officiellement intronisé comme nouveau commandant de la gendarmerie nationale, avec le soutien des ministres de la Défense et de la Gendarmerie ainsi que du nouveau chef d’état-major des armées. La veille, à la tête du FIGN (Forces d’intervention de la gendarmerie nationale), il avait déjà annoncé sa mutinerie et son ralliement au mouvement de protestation. En se proclamant nouveau commandant, il a entraîné une part significative de la gendarmerie dans le camp des insurgés.
Ce basculement est d’autant plus symbolique que la gendarmerie était jusqu’alors le principal bras armé de la répression des manifestations qui secouent le pays depuis fin septembre. La passation de pouvoir entre Mamelison et son prédécesseur, intervenue ce lundi, marque un changement d’allégeance sans précédent dans les équilibres militaires malgaches.
L’exfiltration controversée d’Andry Rajoelina
Dans ce contexte de désintégration du pouvoir central, le président Andry Rajoelina a été exfiltré de Madagascar le 12 octobre 2025, selon plusieurs sources diplomatiques. Un accord direct entre lui et le président français Emmanuel Macron aurait permis son départ vers l’étranger.
Le scénario, reconstitué à partir de différentes sources locales et militaires, évoque un **acheminement en hélicoptère vers l’île Sainte-Marie, sur la côte est du pays, avant un transfert à bord d’un avion militaire français vers La Réunion. De là, Rajoelina aurait pris un autre vol vers une destination inconnue, probablement Dubaï, où il aurait rejoint sa famille.
Paris confirme avoir facilité le départ du chef de l’État malgache pour des raisons humanitaires, tout en démentant toute ingérence politique. Les forces armées françaises de l’océan Indien, basées à La Réunion, ont rappelé leur neutralité absolue, précisant qu’aucune intervention militaire n’est envisagée à Madagascar.
« Il n’y aura pas d’intervention française sur la Grande Île », martèle-t-on à Paris, insistant sur la nécessité d’une transition pacifique et souveraine.
Une insurrection populaire devenue crise d’État
Le renversement d’Andry Rajoelina trouve ses racines dans un mouvement social déclenché le 25 septembre 2025. Ce qui n’était au départ qu’une protestation contre les coupures d’eau et d’électricité s’est rapidement transformé en mouvement national de contestation du régime.
Porté par une jeunesse urbaine connectée, surnommée la « génération Z » malgache, le mouvement a fédéré autour de lui syndicats, étudiants et collectifs citoyens. Les revendications, initialement économiques, ont vite pris une tournure politique, exigeant la démission du président et la fin de la corruption endémique.
Face à l’ampleur de la mobilisation, les autorités ont réagi par la répression : arrestations, dispersion violente des cortèges, et plusieurs morts lors des affrontements. Mais cette stratégie coercitive a fini par fracturer les forces de sécurité elles-mêmes, précipitant la chute du pouvoir exécutif.
Une transition incertaine et des enjeux géopolitiques sensibles
La prise de pouvoir par les militaires ouvre une phase de transition délicate. Le colonel Randrianirina a promis de maintenir l’ordre constitutionnel, tout en annonçant la dissolution partielle des institutions. L’Assemblée nationale, seule épargnée, pourrait jouer un rôle central dans la mise en place d’un gouvernement de transition.
Sur le plan régional, la situation malgache préoccupe les organisations africaines et les partenaires internationaux. L’Union africaine et la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe ont appelé à la retenue et au retour à l’ordre démocratique, tandis que la France et l’Union européenne privilégient pour l’heure une position de prudente neutralité.
Sur le plan géopolitique, Madagascar, pivot stratégique de l’océan Indien, attire une attention particulière. La Grande Île représente un point de passage essentiel entre l’Afrique australe et les routes maritimes asiatiques. Toute instabilité prolongée pourrait fragiliser l’équilibre sécuritaire régional, au moment où la présence chinoise et indienne s’intensifie dans la zone.
Un tournant historique pour la Grande Île
La chute d’Andry Rajoelina, quinze ans après son premier coup de force de 2009, marque une boucle historique et politique. L’ancien « DJ » devenu chef d’État laisse derrière lui un pays profondément divisé, miné par la pauvreté, la corruption et les inégalités sociales.
Le mouvement populaire et la défection militaire qui ont conduit à sa chute traduisent la lassitude d’une population en quête de renouvellement démocratique. Mais la prise de pouvoir des militaires ouvre une période incertaine : entre espoir de refondation politique et risque d’instabilité durable, Madagascar entre dans une nouvelle ère de transition, dont l’issue reste, pour l’heure, impossible à prévoir. |
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| Britney Delsey pour DayNewsWorld |
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CAMOUFLET POUR LA POLITIQUE MACRONNISTE EN AFRIQUE
L'ARMEE FRANCAISE POUSSEE VERS LA SORTIE
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L'annonce a pris tout le monde de court. Le Sénégal et le Tchad demandent le retrait des troupes françaises. En une seule journée, deux alliés de longue date annoncent la fin de leur collaboration militaire stratégique.
Résultat : 1.350 soldats stationnés respectivement au Tchad et au Sénégal se retireront progressivement d'Afrique. Le Tchad et le Sénégal illustrent la perte spectaculaire d'influence de la France sur le continent, où la Russie et la Chine avancent leurs pions.
Un camouflet pour la France
Le retrait de la France de la région se confirme. Après 66 ans d'indépendance, le Tchad souhaite affirmer pleinement sa souveraineté, précise le ministère tchadien des Affaires étrangères. La fin de l'accord de défense avec Paris permettra au Tchad de redéfinir ses partenariats stratégiques, indique le communiqué. " La France est un partenaire clé, mais elle doit désormais reconnaître que le Tchad a mûri et est un État souverain, très attaché à sa souveraineté", avait souligné Abderaman Koulamalla, ministre des Affaires étrangères.
Cette annonce, faite alors que Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, venait tout juste de terminer son voyage sur place, constitue cependant un nouveau revers pour la France, marquant l'échec de la stratégie d'Emmanuel Macron en Afrique. Ceci intervient alors qu'il recevait vendredi le président nigérian, Bola Tinubu, en visite d'État, pour en faire un partenaire privilégié sur le continent.
Alors que le Tchad avait longtemps coopéré avec les armées occidentales, il s'est rapproché de la Russie ces dernières années. Cette évolution était perceptible depuis un certain temps. En janvier, lors d'une visite à Moscou, Mahamat Déby Itno avait déclaré que le Tchad était un pays "frère" de la Russie et qu'il était prêt à renforcer ses relations avec celle-ci. "Le Tchad est parmi les partenaires potentiels en Afrique, et toutes les possibilités de nos échanges sont loin d'être épuisées. Nous sommes déterminés à continuer d'élargir nos interactions avec les pays africains", avait ensuite commenté Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin.
Trois mois plus tard, les forces spéciales américaines, basées à "Sergent chef Adji Kosseï" à N’Djamena, un centre pour les activités de contre-terrorisme et de renseignement au Sahel, furent fermement invitées à quitter le Tchad.
Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a estimé de son côté que la présence de soldats français dans son pays ne correspondait pas à sa "vision de la souveraineté et de l’indépendance" et que leur retrait était "inévitable".
Influence de Moscou
"Nous avons une coopération avec les États-Unis, la Chine ou encore la Turquie sans que ces pays n'aient de base sur notre sol. Nos relations restent néanmoins excellentes. Ce n'est pas parce que les Français sont présents depuis la période coloniale qu'il est impossible de faire autrement", a-t-il déclaré.
Le président sénégalais n'a pas exclu de travailler également avec la Russie. Moscou attise le sentiment anti-français en Afrique, où la Chine étend également son influence. "Aujourd'hui, nous voulons collaborer avec tous ceux qui peuvent investir et contribuer à créer de la richesse au Sénégal", précise Bassirou Diomaye Faye. Niger, Burkina Faso, Mali… Avant les récentes décisions du Sénégal et du Tchad, plusieurs autres États ont, au cours des dernières années, exigé le départ des forces françaises. En effet, depuis deux ans, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont également mis fin à leur coopération militaire avec l’ancienne puissance coloniale, présente dans ces pays pour lutter contre les groupes jihadistes au Sahel.
Contrairement à Dakar et à N’Djamena, la rupture avec Paris a été spectaculaire au Niger en 2023, suite à l’arrivée au pouvoir du général Abdourahmane Tchiani après un coup d'État. Les derniers soldats français ont quitté le Niger le 22 décembre 2023. Depuis le lancement de l’opération Barkhane en 2014, la France maintenait une présence militaire dans ce pays sahélien, comptant jusqu’à 1.500 soldats et aviateurs, notamment sur la base aérienne non permanente de Niamey.
Le 19 février 2023, l’état-major burkinabé avait annoncé la fin des opérations de la force spéciale Sabre au Burkina Faso. Cette unité militaire française, composée de 300 à 400 soldats, menait des opérations ciblées au Sahel depuis 2009, depuis sa base de Kamboinsin, dans le cadre de la lutte contre le djihadisme.
En ce qui concerne le Mali, les derniers soldats français de l’opération Barkhane ont quitté le pays pour le Nigéria le 15 août 2022. L'opération, lancée neuf ans plus tôt au Sahel, visait également à combattre les mouvements terroristes. Paris souhaitait un retrait progressif, malgré des relations tendues avec le général d’armée Assimi Goïta, à la tête du pays. Toutefois, en février 2022, la junte malienne a exigé le "retrait immédiat" des soldats français. Avant ce départ, la base de Gao représentait la plus grande base militaire française à l’étranger, avec une vingtaine d’hélicoptères, plus de 400 blindés et 300 véhicules lourds. En tout, 2.400 soldats de l’opération Barkhane ont quitté le Mali après la fermeture des bases de Gossi, Gao et Ménaka.
La France n’a pas entièrement abandonné ses positions en Afrique. Elle maintient actuellement des bases militaires dans trois pays africains : la Côte d'Ivoire (environ 600 militaires), le Gabon (environ 350) et surtout Djibouti. Avec près de 1.500 militaires, la base de Djibouti, située dans la Corne de l’Afrique, représente le plus grand contingent de soldats français sur le continent. Au total, quelque 2.450 militaires sont encore stationnés en Côte d'Ivoire, au Gabon et à Djibouti.
Alors que la guerre se rapproche des frontières européennes, ce retrait du Sahel pourrait offrir à l’armée française une opportunité de repositionner ses forces pour renforcer sa présence sur le continent européen. |
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| Andrew Preston pour DayNewsWorld |
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L'ARRESTATION DE L'ECRIVAIN FRANCO-ALGERIEN BOUALEM SANSAL UN MOYEN DE CHANTAGE POUR ALGER
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Le samedi 16 novembre 2024, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté à l’aéroport d’Alger alors qu’il arrivait de France. Depuis son interpellation, aucune nouvelle de lui n’a été communiquée, et l’auteur semble avoir disparu.
Emmanuel Macron s’est dit "profondément préoccupé" par cette situation. Selon son entourage, "les services de l’État travaillent activement pour éclaircir sa situation", le président affirmant par ailleurs son "attachement inébranlable à la liberté d’un grand écrivain et intellectuel".
Un écrivain controversé en Algérie
Âgé de 75 ans, Boualem Sansal, qui a acquis la nationalité française cette année, reste au centre des spéculations quant aux motifs de son arrestation. En 2015, il avait reçu le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour son ouvrage 2084 : la fin du monde. Ce prix, fondé un siècle plus tôt, récompense les auteurs de romans écrits en langue française, quelle que soit leur nationalité.
Dès son premier roman, Le serment des barbares, Sansal avait rencontré le succès. Cet ouvrage, qui dépeint l’émergence des intégristes et la guerre civile algérienne ayant causé au moins 200 000 morts entre 1992 et 2002, lui avait valu une reconnaissance internationale. Bien que ses livres, publiés en France, soient disponibles en Algérie, l’auteur reste une figure controversée, en particulier depuis sa visite en Israël en 2014.
Depuis ses débuts littéraires en 1999, Boualem Sansal s’est distingué par ses critiques acerbes à l’encontre du pouvoir algérien et de l’intégrisme religieux. Plus récemment, il a suscité la polémique lors d’une interview accordée au média Frontières. Dans ses déclarations, il avait affirmé : "Quand la France a colonisé l’Algérie, toute la partie ouest faisait partie du Maroc. Tlemcen, Oran et même jusqu’à Mascara appartenaient au Royaume". Ces propos, qui ont vivement irrité Alger, ont été repris par la presse marocaine, ajoutant une tension supplémentaire dans un climat déjà tendu entre les deux pays au sujet des frontières.
Une arrestation dans un contexte diplomatique complexe
L’arrestation de Boualem Sansal intervient dans un contexte où les relations entre la France et l’Algérie sont particulièrement tendues. Cette crispation découle notamment du soutien apporté par Paris, fin juillet, au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, un territoire disputé. Ce territoire, ancienne colonie espagnole, est largement contrôlé par le Maroc, mais le Front Polisario, soutenu par Alger, continue de réclamer un référendum d’autodétermination.
D’après RFI, Boualem Sansal pourrait être accusé d’"atteinte à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale du pays" ainsi que d’"incitation à la division". Ces chefs d’accusation, passibles de lourdes peines de prison en Algérie, pourraient expliquer son arrestation.
En France, l’interpellation de l’écrivain a provoqué de nombreuses réactions. Plusieurs responsables politiques, majoritairement issus de la droite et du centre droit, ont exprimé leur inquiétude et leur soutien à Sansal. Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, a déclaré : "Tous les moyens de pression sur l’Algérie doivent être mobilisés pour obtenir la libération de notre compatriote, le grand écrivain Boualem Sansal." |
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| Britney Delsey pour DayNewsWorld |
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