BOUTEFLIKA VERS UN CINQUIEME MANDAT

EN ALGERIE

Fin du faux suspense : Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, est officiellement candidat à la présidentielle du 18 avril .

Pas d'apparition télévisée, ni même de message radio mais un simple « message à la Nation » pour officialiser dimanche 10 février la candidature à la présidentielle d'Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies en Algérie.

En dépit de son âge et de problèmes de santé le président algérien sortant briguera donc un cinquième mandat.

Cloué dans un fauteuil roulant par un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013, Abdelaziz Bouteflika devance les critiques sur son état de santé :

« Bien sûr, je n'ai plus les mêmes forces physiques qu'avant, chose que je n'ai jamais occultée à notre peuple. Mais la volonté inébranlable de servir la patrie ne m'a jamais quitté et elle me permet de transcender les contraintes liées aux ennuis de santé auxquels chacun peut être un jour confronté. ».

Le Front de libération nationale (FLN), au pouvoir depuis l'indépendance du pays, l'a désigné comme son candidat comme l'ont déjà fait les trois autres partis de l'alliance: le Rassemblement national démocratique (RND) du premier ministre Ahmed Ouyahia, le Rassemblement de l'espoir de l'Algérie (TAJ) et le Mouvement populaire algérien (MPA).

Derrière ce président affaibli, il y aurait tout un entourage qui pousse pour le maintenir au pouvoir. Tout d'abord un clan familial avec ses deux frères au cœur du système, Saïd Bouteflika étant une courroie de transmission avec l'armée, mais aussi une caste dirigeante économique; Pour les pro-Bouteflika, le président garantit la stabilité du pays comme un rempart contre l’intégrisme eu égard à la situation en Libye, en Syrie ou en Egypte.

Abdelaziz Bouteflika a été également l'artisan du retour à la paix en Algérie après dix ans de sanglante guerre civile. S'il a profité de la hausse du prix du pétrole entre 2004 et 2014 pour lancer de vastes programmes d'infrastructures et désendetter le pays, son quatrième mandat a été marqué par la chute des cours des hydrocarbures qui a durement touché l'économie du pays ultra-dépendante du pétrole. Un tiers des jeunes de moins de 25 ans est au chômage.

Toutes les mesures d'austérité prises depuis quelques années pour faire face à la chute du prix du baril de pétrole ont été abandonnées. Le recrutement dans la fonction publique a été relancé . Les jeunes créateurs d'entreprise financièrement soutenus par l'État qui n'ont pas remboursé leur crédit ne seront pas poursuivis. Le ministère des Moudjahidin (anciens combattants) a annoncé jusqu'à 100 % d'augmentation sur les pensions versées à ceux qui souffrent de maladies chroniques. Le président a annoncé une « conférence nationale » ouverte à l’opposition et destinée à accoucher de réformes institutionnelles, économiques et sociales.

Dans l'opposition, certains candidats cherchent à négocier une alliance pour une candidature unique face à Bouteflika. Pour ceux qui ne se laissent pas tenter par l'appel au boycott pur et simple du scrutin, les tractations vont déjà bon train pour savoir qui tentera d'incarner la vague de "Tout sauf Bouteflika" qui monte dans la jeunesse algérienne sur les réseaux sociaux.

Deux adversaires sont déjà en lice . Abderrazak Makri, chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principal parti islamiste, et le général à la retraite Ali Ghediri, inconnu du public, ont annoncé leur intention d'être candidat tandis que Ali Benflis, ancien Premier ministre de Bouteflika et son principal adversaire, n'a pas encore dit s'il se présenterait.

Systématiquement réélu au premier tour avec plus de 80% des voix, le chef de l'Etat part cette fois encore comme le favori du scrutin mais l'abstention risque d'être forte .

Jenny Chase pour DayNewsWorld