QUELS SCENARIOS APRES LA DEMISSION DU PRESIDENT BOUTEFLIKA ?

Le président de la République algérienne a informé le Conseil constitutionnel de sa démission « à compter d’aujourd’hui », ont annoncé les médias officiels algériens mardi 2 avril.

« J’ai honneur de vous notifier formellement ma décision de mettre fin au mandat que j’accomplis en qualité de président de la République, à partir de ce jour, mardi 26 Radjab 1440, correspondant au 2 avril 2019, écrit-il dans une lettre qu’il a adressée au Conseil constitutionnel, publiée par l’agence de presse algérienne officielle APS.

Cette décision que je prends en mon âme et conscience est destinée à contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement. »

Alors qu'il avait déjà renoncé, sous la pression de la rue, en mars, à briguer un cinquième mandat et avait annoncé le report sine die de l’élection présidentielle, ces annonces n’avaient pas suffi à calmer la contestation.

Pendant cette période le clan "Bouteflika" cependant essayait de  sauver la mise.

Le clan Bouteflika avait en effet accepté lundi 1er avril de céder le pouvoir, en promettant un départ du chef de l'État avant le 28 du mois, date de fin de son mandat.

Mais Saïd, le frère, a essayé de gagner du temps, procédé très utilisé par le pouvoir algérien, en proposant à l'ancien président de la République Liamine Zéroual d'assurer la transition en cas de démission.

Une démarche peu appréciée par le chef d'état-major de l'armée si bien que le général Gaïd Salah dénonçait mardi 2 avril « l'entêtement et la sournoiserie de certains individus à la tête du pays ».

Ces individus ont pour « seul souci la préservation de leurs intérêts personnels étroits », ajoutait-il, dans ce qui semble être une attaque contre l’entourage proche du président Bouteflika.

Avec la démission du président algérien, s’ouvre une période de 90 jours pendant laquelle une élection présidentielle doit être organisée.

Le président du Conseil des Nations, Abdelkader Ben Salah, un proche d'Abdelaziz Bouteflika, prendra l'intérim. L’actuel et tout nouveau Premier ministre, Noureddine Bedoui, est un ancien ministre de l’Intérieur. Les deux sauront s'entendre avec le général Gaïd Salah. En effet les militaires, qui ont fait pression sur Bouteflika pour qu’il démissionne, reste la seule institution non contestée en Algérie. Elle assure un rôle de garant pour garder un cadre serein pendant cette période de transition,

Mais la démission de Bouteflika ne signifie pas pour autant la fin de la révolte algérienne.

Si l’annonce de lundi soir est vécue comme une « bonne nouvelle », elle n'est pas suffisante pour la jeunesse algérienne dans la rue depuis un mois. Ces derniers appellent à la fin du « système », et pas seulement à la démission de Bouteflika.

Pour le moment, les candidats de l’opposition ne se bousculent pas pour officialiser leur candidature. Rachid Nekkaz, le candidat anti-Bouteflika, se fait plus discret depuis quelques jours.

L’opposant à Bouteflika Ali Benfis qui avait renoncé à se présenter au scrutin prévu à l’origine le 28 avril prochain, pourrait revenir dans le jeu. L’avocat et militant des droits de l’homme Mustapha Bouchachi a de son côté l’avantage d’être plutôt soutenu par la rue.

Cependant il faut désormais prendre en compte un nouvel arbitre: les citoyens algériens n’ont pas dit non plus leur dernier mot.

Joanne Courbet pour DayNewsWorld