MUHAMMADU BUHARI PRESIDENT DU NIGERIA

Muhammadu Buhari a été réélu président au Nigéria.

La Commission électorale nationale indépendante du Nigeria a annoncé, dans la nuit de mardi 26 à mercredi 27 février, le nom du vainqueur. Le chef de l’Etat sortant, Muhammadu Buhari, du Congrès des progressistes (APC), a été réélu pour un deuxième mandat de quatre ans à la tête du pays le plus peuplé d’Afrique.

A 76 ans, ce général à la retraite a récolté 56 % des voix, contre 41 % pour son principal adversaire, Atiku Abubakar .

Pendant la campagne, l’ancien général Buhari (76 ans), qui avait dirigé le pays dans les années 1980, n’a pas nié les insuffisances de son mandat.

« Cela n’a pas été un long fleuve tranquille », a-t-il reconnu, demandant à ses compatriotes de considérer « les progrès importants » accomplis par son gouvernement et de lui donner la possibilité d’achever les chantiers, notamment en matière de lutte contre la corruption, de sécurité et sur le plan économique. Le président sortant Muhammadu Buhari a promis de faire passer son pays à un niveau supérieur et de faire mieux s'il est réélu.

« Nous sommes déterminés à approfondir le travail que nous avons entamé au cours de ce premier mandat afin que les actifs et les ressources de la nation continuent à être organisés et utilisés de manière à servir le citoyen nigérian », a déclaré le président sortant lors de sa campagne. Mais à 76 ans, sa santé a suscité beaucoup d'interrogations alors qu'il a été hospitalisé à plusieurs reprises à Londres.

Un pays économiquement pauvre malgré ses ressources en hydrocarbures.

En effet l'économie du pays le plus peuplé d'Afrique est fort mal en point. La crise provoquée par la chute vertigineuse des prix des hydrocarbures en 2015, dont dépend l'économie nigériane, a marqué durablement le pays. La croissance s’est établie à seulement 1,9 % en 2018 restant à un taux inférieur à celui de la croissance démographique dans un pays où le chômage touche un quart de la population active, et même plus de la moitié des 15-35 ans.

Dans ce pays de quelque 190 millions d’habitants – dont la population devrait doubler d’ici à 2050 – cette croissance poussive, sur fond d’inflation élevée, ne peut enrayer la spirale de l’extrême pauvreté. Selon la Banque mondiale, le Nigeria est en train de dépasser l’Inde pour devenir le pays abritant le plus grand nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 dollar par jour. Le redressement de l'économie passera inévitablement par une diversification des activités pour enrayer cette spirale de pauvreté...

Des défis sécuritaires avec la menace de Boko Haram et les conflits fonciers.

Outre le défi économique, la sécurité a été un thème majeur de la campagne pour la présidentielle du 23 février. Déterminante dans la victoire de Muhammadu Buhari en 2015 un ancien général ayant dirigé, d’une main de fer, un régime militaire dans les années 80, la sécurité va encore dominer l’agenda du prochain mandat, notamment avec la montée des affrontements communautaires en sus avec la menace terroriste toujours présente de Boko Haram.

Muhammadu Buhari avait en effet promis d’enrayer l’insurrection jihadiste de Boko Haram qui a fait plus de 20 000 morts et de 2,6 millions de déplacés depuis 2009.

Or dans le nord-est du pays le groupe Boko Haram demeure une réelle menace pour la sécurité de la population, même si en quatre ans, Boko Haram a cédé un peu de terrain face au gouvernement de Buhari. Le groupe terroriste a multiplié en 2018 attaques et attentats-suicides dans plusieurs villes du nord-est. Notamment, l’enlèvement, fin février, de plus d’une centaine de jeunes filles dans un internat à Dapchi (État de Yobe) et le double attentat du 1er mai ayant fait près d’une centaine de victimes à Mubi. En mars2018 l'administration nigériane s'est dotée d'armement américain pour 414 millions d’euros, dont des avions de surveillance et d’attaque, pour réprimer les djihadistes.

Outre Boko Haram, le Nigeria connaît d'autres conflit à régler comme les tensions séparatistes pro-Biafra contestant l’autorité d’Abuja qui persistent toujours dans le Sud-Est et le vieux différend foncier entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires.

Les affrontements meurtriers sont nombreux entre les agriculteurs et les éleveurs notamment dans les États de Benue, Taraba, Nasarawa, Plateau et Kogi. Les éleveurs sont accusés par les agriculteurs de saccager leurs fermes. Mais à ce griefs s'ajoute aussi une dimension identitaire entre les éleveurs majoritairement musulmans et les agriculteurs pour la plupart chrétiens.

En 2018 des éleveurs musulmans auraient massacré deux prêtres et seize fidèles catholiques dans une église dans l’État de Benue (centre du pays). Dès le lendemain, en guise de représailles, onze musulmans furent lynchés dans la capitale de l’État de Benue. Les évêques des États de Benue et Nassarawa avaient alors dénoncé, dans un communiqué, « un programme clair d’islamisation de la ceinture centrale nigériane » dont le but est de « frapper les chrétiens ».

Dans la première économie d’Afrique les défis à relever par le nouveau chef de l’Etat ,le président Buhari, sont immenses. Endiguer la corruption, restaurer la sécurité et mener à bien les réformes économiques promises, tels sont les enjeux du nouveau mandat du Président Buhari.

Joanne Courbet pour DayNewsWorld