ERYTHREE-ETHIOPIE ENFIN

LA PAIX APRES DES DECENNIES DE CONFLITS

« L’état de guerre qui existait entre les deux pays est arrivé à sa fin .Une nouvelle ère de paix et d’amitié s’ouvre ». C’est ce que proclame le texte signé le 9 juillet 2018 à Asmara, par le Président de l’Erythrée Issaias Afeworki et le Premier Ministre Ethiopien Abiy Ahmed.

Le conflit entre les deux pays est né de l’annexion en 1962, de l’Erythrée, (ancienne colonie italienne, puis anglaise) jusqu’alors « entité autonome » fédérée à l’Ethiopie, par l’Empereur Haïlé Sélassié.

L’Erythrée n’a pu ensuite retrouver son indépendance qu’en mai 1993, après trente ans de guerre, guerre ouverte par les Indépendantistes du Front Populaire de Libération de l’Erythrée (FPLE).

Malgré une  séparation en apparence pacifique, les deux voisins sont restés en désaccord sur des questions monétaires, commerciales et frontalières, chacun revendiquant plusieurs régions frontalières dont Baden, Tsorona , Zalambessa et En Bure.

Jusqu’en 1998, les deux pays sont néanmoins restés proches alliés, tout en surveillant étroitement leur nouvelle frontière commune dont le tracé n’avait pas donné immédiatement toute satisfaction aux deux belligérants.

Et c’est pour un problème de frontière que l’Erythrée, engagea en mai 1998 un nouveau conflit…Pour quelques kilomètres carrés de déserts ?

Les deux pays se sont livrés dès lors à une guerre fratricide.

Un premier accord de paix fut signé en juin 2000. Ce premier accord de paix prévoyait la création d’une zone de sécurité de 25 km de large, prise à l’intérieur de l’Erythrée, placée sous le contrôle des Nations Unies (MINUE) ; mais l’Erythrée a continué à occuper la localité de Baden , qui va être au cœur du nouveau conflit.

L’indépendance de l’Erythrée avait fait perdre simultanément à l’Ethiopie son unique façade sur la Mer Rouge, l’Erythrée ayant récupéré les ports de Massawa et d’Assab. Depuis 20 ans l’Ethiopie a été  enclavé, obligeant ainsi le pays, qui du jour au lendemain avait du faire transférer ses bateaux d’Assad à Djibouti, à faire transiter la quasi-totalité de ses importations et exportations par le corridor conduisant à la colonie française, corridor qui est l’un des plus chers au monde. Selon Serge Tiran , représentant en Ethiopie de l’Entreprise de logistique Massida, les 100 millions d’habitants d’un pays 30% plus grand que la France ont été obligés pour s’approvisionner de passer par une route de « niveau départemental » en France, à peine carrossable. L’aller et retour entre les deux capitales prend encore, présentement, 8 jours dans le meilleurs des cas.

Depuis 1998, les deux pays ont été en affrontements périodiques, jusqu’à ce que le gouvernement éthiopien décide en juin 2018, de mettre en œuvre l’accord d’Alger du 12 décembre 2000. C’est au nouveau Premier Ministre Abiy Ahmed  que l’on doit cette politique de la main tendue (Abiy Ahmed est le 1er Orano en poste depuis 1991 ; il a succédé à Haïlemariam Desalegn , démissionnaire depuis février 2018).

Grace au geste d’Abiy Ahmed , un vent d’apaisement vient de souffler sur cette région de la Corne d’Afrique.

L’Erythrée de son côté était le pays le plus méconnu de l’Afrique. Depuis peu, les européens en savent un peu plus sur le pays, l’Erythrée étant l’un des pays les plus représentés parmi les migrants qui tentent de gagner l’Europe.

L’Erythrée est dirigée par un dictateur Isaias Afwerki, ingénieur de formation, lequel s’est fait élire en 1995 après un referendum, en se présentant « de façon très évangélique » comme « le berger du peuple ». Isaias Afwerki est devenu au fil des ans un dictateur féroce, ceci malgré sa discrétion et son style africain « new style », moderne et ouvert. Sous sa direction, l’Erythrée est devenu un camp de concentration à ciel ouvert de 5 millions d’habitants ou tous sont affamés et mis en esclavage.

Mais la Maison Blanche de Bill Clinton en pinçait pour lui alors, imaginant que, parce qu’il avait mangé dans la gamelle de l’ONU, il allait mettre en place un régime réformateur, socio-démocrate « à la suédoise » ?

Les équipes de Clinton avaient tout simplement oublié qu’il avait été formé par les Mao de Pékin, partisans d’un régime unique et d’une surveillance de tous par tous, avec une presse muselée et privée de ses libertés.

Pendant de nombreuses années , le régime a pratiqué la torture et mis en place un régime de conscription des hommes de 16 à 40 ans obligés à donner leur vie à l’Etat. L’Erythrée, pays le plus fermé au monde est toujours inscrit sur la liste des Etats voyous !

Ce sont du reste, les principales raisons pour lesquelles près de 400 000 Erythréens ont fuit leur pays pour rejoindre l’Europe.

Or, L’heure est aujourd’hui au business en Erythrée comme en Ethiopie.

Depuis quelques années en effet,  sous la pression de la mondialisation  l’Ethiopie où les salaires sont très bas, s’est transformé en atelier de tissage et de confection (Décathlon s’y est installé). L’Ethiopie qui connait une croissance à deux chiffres avait désespérément besoin d’un accès à la Mer Rouge.

La Corne de l’Afrique est donc devenue ces dernières années une corne d’abondance … La réal-politique a fait le reste…

Le 16 septembre 2018, l’Ethiopie et l’Erythrée ont signé un accord consolidant leur réconciliation. Cet accord a été signé à Djeddah, en présence du roi Salman d’Arabie et de son fils le Prince Héritier Mohamed Ben Salman et du Secrétaire Général de l’ONU.

On ne connait pas encore les détails de cet accord entre les deux pays ; mais ce dernier s’est déjà traduit par la réouverture des ambassades, le rétablissement des lignes aériennes, de relations commerciales nouvelles, de lignes téléphoniques et de postes frontières.

« Un vent d’espoir vient de souffler sur la Corne de l’Afrique » vient de se réjouir le nouveau secrétaire Général de l’ONU (depuis janvier 2017) Antonio Guterres.

Cette évolution géopolitique satisfait pleinement, au demeurant l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes. Le Ministre Saoudien des Affaires Etrangères vient en effet de déclarer que « ce dernier accord de paix va contribuer au renforcement de la sécurité et de la stabilité de la Région » qui en a bien besoin !

On sait en effet que L’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes qui disposent dans le port stratégique d’Assad pour leurs opérations au Yémen, raison pour laquelle ils ont grandement contribué à ce rapprochement  historique.

Leurs intérêts à court et à moyen terme sont en effet très évidents : des dizaines de navires transitent par Bâb el Mandeb, le détroit stratégique qui sépare la péninsule arabique de la Corne de l’Afrique.

Cela sera- t-il suffisant pour pacifier totalement la Région et surtout la Grande Région du Moyen Orient sachant que la guerre se poursuit au Yémen, que Daech semble vouloir renaitre de ses cendres, que le conflit en Syrie n’est pas totalement terminé et que l’Iran menace de fermer détroit d’Ormuz …

A suivre….

Clara Mitchell pour DayNewsWorld