|
L'ancien vice-président Emmerson Mnangagwa a été investi président par intérim, dès vendredi, après la démission, mardi, du despote Robert Mugabe de 93 ans
Emmerson Mnangagwa a prêté serment vendredi devant plusieurs milliers de personnes réunies dans un stade à Harare. Il succède à Robert Mugabe, qui a été poussé à démissionner après 37 ans de règne autoritaire et sans partage.
«Moi, Emmerson Dambudzo Mnangagwa, jure qu'en tant que président de la République du Zimbabwe, je serai loyal à la République du Zimbabwe et obéirai, soutiendrai et défendrai la Constitution et les lois du Zimbabwe», a déclaré vendredi matin le nouveau président dans un stade comble de la banlieue de Harare.
Dans son discours d'investiture le Président Emmerson Mnangagwa a fait montre de tourner la page des trente-sept ans du règne de Robert Mugabe, 93ans, le plus vieux dirigeant de la planète.
C'est un discours rassurant et consensuel qu'a prononcé le nouveau président zimbabwéen, vendredi, devant plus de 60 000 personnes euphoriques promettant d’être le « serviteur du peuple ».
Il a voulu se démarquer de l’ancien président tout en lui rendant hommage en le qualifiant de « père de la nation ».
La relance de l'économie reste sa priorité absolue.
En effet les attentes sont immenses pour les 16 millions de Zimbabwéen d'un pays ruiné par la corruption et par des réformes dévastatrices. Avec un taux de chômage à 90 %, les Zimbabwéens vivent de petits boulots dans une économie informelle. D'autres ont émigré, souvent chez le géant sud-africain voisin.
Pas étonnant que les promesses économiques aient été placées au premier plan. Il a promis qu'il indemniserait les fermiers blancs expulsés manu militari de leurs propriétés au début des années 2000, s'est par ailleurs engagé à protéger les investissements étrangers et à renouer avec la communauté internationale.
« Nous allons créer des emplois pour notre jeunesse et réduire la pauvreté pour toute la population", a lancé M. Ngangagwa, "les actes de corruption doivent cesser sur le champ".
Lors de son discours, il a également assuré que les élections prévues en 2018 auraient bien lieu. Le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC),qui d'ailleurs n'a pas été invité à l'investiture, plaide pour un gouvernement d'union nationale jusqu'aux élections et pose ses conditions.
« Des dispositions concrètes doivent être prises pour garantir des élections libres et équitables.
C'est bien de le dire, mais il faut des actions, souligne le secrétaire général du principal parti d'opposition, le MDC, Douglas Mwanzora. Ce dernier exige également que l'armée ne fasse pas partie du processus électoral,laquelle,selon lui, a eu l'habitude d'intervenir dans dans la vie politique du pays.
. « Mais le plus important, c'est que nous souhaitons que ces élections soient organisées sous la houlette des Nations unies. La SADC doit être impliquée. L'Union africaine aussi ainsi que les autres organisations internationales. A ce moment-là, nous pourrons avoir des élections libres et justes et nous pourrons à nouveau avoir un pouvoir légitime. » conclut Douglas Mwanzora.
Malgré son discours conciliateur, le nouveau maître du Zimbabwe suscitent toutefois des interrogations, à l'intérieur de son pays comme à l'étranger rappelant son passé sombre et sa réputation d'exécuteur des basses œuvres de l'ex-président Mugabe. Aussi le chef du MDC Morgan Tsvangirai. a-t-il confié qu'il espérait que Emmerson Mnangagwa qui s'est présenté en «serviteur» du pays « évitera de tomber dans la tentation de garder seul le pouvoir».
De plus plusieurs ONG ont rappelé le lourd bilan du régime: «des dizaines de milliers de personnes ont été torturées, ont disparu ou ont été tuées», selon Amnesty International. Le cacique du régime surnommé le «crocodile» n' a-t-il pas été associé à toutes ses politiques répressives depuis l'indépendance du pays en 1980 ?
L'état de grâce pourrait ne pas durer longtemps pour l'ancien vice-président qui fait figure de continuateur du régime. «Personne ne veut d'une transition qui verrait un tyran non élu remplacé par un autre», résumait déjà la semaine dernière le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson
.Espérons que le nouveau président du pays par intérim va conduire son pays vers une transition démocratique.
«S'il veut être jugé positivement, il va devoir mener des politiques qui ébranlent les structures de pouvoir de la Zanu-PF, en introduisant un vrai pluralisme politique et en séparant le parti et l'État», selon Piers Pigou, consultant d'International Crisis Group en Afrique australe.
|