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HOMMAGE AU PRESIDENT TUNISIEN DECEDE HOMME CLEF DE LA TRANSITION DEMOCRATIQUE

Sept jours de deuil national ont été décrétés en Tunisie après l’annonce du décès du président Beji Caïd Essebsi. Béji Caïd Essebsi, le premier chef d’Etat élu au suffrage direct depuis la révolution de 2011, est mort jeudi 25 juillet à l’âge de 92 ans. Béji Caïd Essebsi doit être inhumé, aux côtés des membres de sa famille, dans le cimetière du Djellaz, à 25 km du palais de Carthage qu’il occupait depuis 2014.

Des Des funérailles nationales sont prévues ce samedi en présence de plusieurs chefs d’Etat. Un peu partout dans le monde, les hommages se multiplient pour saluer le rôle joué par ce président, le premier président tunisien élu démocratiquement au suffrage universel en 2014. Le patron de l’ONU Antonio Guterres a salué son rôle « déterminant pour mener le pays avec succès vers la démocratie » et la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a déploré la perte d’un des dirigeants tunisiens « les plus compétents et persévérants […] ». Berlin, Rome, Rabat et plusieurs monarchies du Golfe lui ont également rendu hommage. L’Algérie a décrété un deuil de trois jours, de même que la Mauritanie. Donald Trump a lui rendu hommage au « leadership phénoménal » de Béji Caïd Essebsi. « Le président Caïd Essebsi était un défenseur infatigable du peuple tunisien », a dit le président américain, cité dans un communiqué de la Maison-Blanche.

« Un leadership phénoménal », selon Donald Trump.

Béji Caïd Essebsi a joué un rôle clé dans la transition démocratique entamée par la Tunisie en 2011 après la chute de Ben Ali. L’accord de partage du pouvoir qu’il avait conclu entre son parti, Nidaa Tounes, et les islamistes d’Ennahda a permis de stabiliser la situation politique et d’éviter la dérive autocratique constatée dans d’autres pays touchés par le « printemps arabe ». Ce pari de la réconciliation avec les islamistes aura évité au pays le chaos qu’ont connu les autres « printemps arabes ». S’il a sauvé la Tunisie de la montée des extrêmes, M. Essebsi s’est cependant révélé incapable d’approfondir le chantier démocratique dont rêvaient les protagonistes de la révolution de 2011. Et bien qu’il répétait que les droits de l’homme étaient l’un des acquis de la jeune démocratie, le président tunisien supportait mal les critiques venant notamment de certains médias. Par ailleurs, la dérive dynastique du pouvoir présidentiel, qui l’a vu adouber les ambitions de son fils Hafedh, a également fait polémique. Le « cheik » n'a pu mener à son terme son projet d’égalité successorale entre hommes et femmes. Le président Béji Caïd Essebsi est décédé à quelques mois de la fin de son mandat en décembre.

L'avenir de la Tunisie

Dès l'annonce du décès du président, le chef du Parlement, Mohamed Ennaceur, 85 ans, a prêté serment pour assurer l'intérim conformément à la Constitution. Celle-ci prévoit que cet intérim ne dépasse pas les 90 jours, soit jusqu'à fin octobre. La Tunisie s’apprête ainsi à connaître une accélération de son calendrier électoral, le terme légal du quinquennat de M. Essebsi ayant été initialement fixé à la mi-novembre. Les élections législatives, autre échéance tout aussi sensible, est prévue le 6 octobre. L’automne électoral s’annonce donc chargé pour les Tunisiens. L’enjeu de ce nouveau cycle politique – deuxième élection présidentielle et troisième scrutin législatif depuis 2011 – est crucial . Il est celui de l’enracinement de la démocratie dans ce pays d’Afrique du Nord, à la fois pionnier et seul rescapé de la vague des « printemps arabes » de 2011. Beaucoup de Tunisiens ont souligné cette transition rapide alors que leur pays est le seul des Etats arabes touchés par les contestations de 2011 à poursuivre sur la voie de la démocratisation.

Reste néanmoins à la Tunisie beaucoup de défis à relever comme notamment les attentats djihadistes, la lutte des clans ou encore l'attentisme économique.

La transition démocratique reste fragile dans ce pays pionnier des printemps arabes même si, selon certains analystes, le décès du président ne devrait pas provoquer de bouleversement politique en Tunisie.

Garett Skyport pour DayNewsWorld

 

UN ACCORD DE PARTAGE  GRACE AU PRINTEMPS SOUDANAIS ?

Le conseil militaire au pouvoir au Soudan et le mouvement prodémocratie du pays auraient conclu un accord de partage du pouvoir, assorti d’un calendrier pour le passage à un régime civil.

Mohammed el-Hassan, envoyé de l’Union africaine, a affirmé vendredi matin que les deux parties avaient convenu de former un conseil souverain conjoint qui gouvernera le pays pendant «trois ans ou un peu plus». Les parties ont convenu de cinq sièges pour les militaires et cinq pour les civils, un siège supplémentaire revenant à un civil avec des antécédents militaires.

L’accord qui se dessine pourrait rompre des semaines d’impasse politique depuis que l’armée a renversé le président autocratique Omar al-Bashir en avril. Les discussions sur un accord de partage du pouvoir s’étaient effondrées après que les forces de sécurité eurent rasé un camp de manifestants à Khartoum le 3 juin. Les négociations ont repris plus tôt cette semaine, après des manifestations massives le week-end dernier.

La Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, avait appelé mercredi les autorités soudanaises à lever les restrictions sur internet et à enquêter de manière appropriée sur tous les actes de violence et les allégations de recours excessif à la force.

Petit historique

Après des mois de manifestations pacifiques, la contestation soudanaise avait fait le 3 juin l'objet d'une violente répression. Le 3 juin, plus de 100 civils, selon l'opposition, avaient été tués lors d'un assaut mené sur ordre des militaires au pouvoir.

Pour beaucoup, ce coup de force pouvait signer la fin du « printemps soudanais ». Mais opposition et manifestants ont voulu  maintenir la pression en vue d'obtenir un transfert du pouvoir aux civils.

Depuis la dispersion sanglante, le 3 juin, du sit-in installé par les manifestants soudanais devant le QG de l'armée à Khartoum, la répression a fait 118 morts et plus de 500 blessés, selon l’opposition. Mais les contestataire ont maintenu la pression sur les généraux au pouvoir.

Le Conseil militaire de transition est au pouvoir depuis la destitution le 11 avril du président Omar el-Béchir par l'armée, sous la pression du mouvement de contestation lancé le 19 décembre dans un climat de crise économique aiguë.

Un processus politique bloqué entre militaires et civils

La contestation réclame un transfert du pouvoir à un gouvernement civil. Les négociations sont suspendues depuis le 20 mai en raison de divergences sur la composition d'une nouvelle instance qui serait chargée de mener la transition pendant trois ans.

Après la chute d'Omar el-Béchir, les manifestants ont maintenu un sit-in installé depuis le 6 avril devant le QG de l'armée pour demander le transfert du pouvoir aux civils. Les deux camps avaient alors entamé des discussions sur la période de transition sans réussir pour autant à s'entendre.

Née en décembre d'une colère contre le triplement du prix du pain, la contestation a rapidement pris une tournure politique.

Le bras de fer a pris une tournure sanglante avec la violente dispersion du sit-in à Khartoum le 3 juin. Après quatre jours de répression, et malgré la médiation de M. Ahmed, la contestation avait lancé dimanche un mouvement de désobéissance civile.

Répression du sit-in et 118 morts

L'annonce de la reprise des négociations intervient alors que les meneurs de la contestation avaient annoncé lundi soir qu'ils publieraient prochainement la composition de leur propre instance dirigeante avec un Premier ministre.

Elle intervient également au lendemain de l'annonce de la venue cette semaine du secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy. Le Département d'Etat a précisé que l'émissaire appellerait « à la fin des attaques contre les civils ».

Selon un comité de médecins proche de la contestation, 118 personnes sont mortes et plus de 500 ont été blessées depuis cette date, la majorité dans la dispersion du sit-in. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des « tirs à balles réelles » à Khartoum. Mardi, des véhicules équipés de mitrailleuses des Forces de soutien rapide (RSF) -- des paramilitaires accusés par la contestation d'être à l'origine de la dispersion du sit-in et de la répression qui a suivi -- ont continué de patrouiller dans plusieurs quartiers de la capitale, pour la plupart déserts.

Par ailleurs, neuf personnes ont été tuées lundi dans le village d'al-Dalij au Darfour (ouest), région meurtrie depuis 2003 par une guerre civile, selon le comité de médecins qui tient pour responsable les milices Janjawid, accusées d'atrocités dans la région. Les RSF sont considérés par la contestation et par des experts comme une « nouvelle version » des Janjawid.

Reprise des négociations

La contestation soudanaise et le Conseil militaire de transition (CMT) ont accepté de reprendre leurs discussions sur la formation d'une nouvelle administration, a annoncé mardi le médiateur éthiopien Mahmoud Dirir, après plus de trois jours de quasi paralysie de Khartoum, la capitale du pays.

La contestation soudanaise a en effet accepté de mettre fin au mouvement de désobéissance civile lancé après le début d'une répression meurtrière et de reprendre les discussions avec les militaires au pouvoir afin de trouver une issue à la crise.

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a aussitôt appelé les Soudanais à « reprendre le travail mercredi », après plus de trois jours de quasi paralysie de la capitale.

Le Conseil de sécurité de l'ONU condamne la violence

« L'ALC a accepté de mettre fin au mouvement de désobéissance civile à partir d'aujourd'hui » et « les deux parties ont accepté de reprendre prochainement les discussions », a déclaré mardi M. Drir.

Dans un communiqué, les membres du Conseil ont demandé la fin immédiate des violences contre les civils et souligné l'importance du respect des droits humains.

George Clooney, très engagé concernant le Darfour

Dans un éditorial cosigné avec le militant des droits humains John Prendergast et publié dans Politico, l'acteur américain George Clooney avait exhorté la communauté internationale à traquer l'argent sale provenant du Soudan dans l'espoir que les militaires changent d'attitude face aux manifestations.

Une avancée significative dans un pays dévasté par trente ans de gestion calamiteuse et un pouvoir autoritaire et corrompu fondé sur le code légal islamique.

Jaimie Potts pour DayNewsWorld

DOUBLE ATTENTAT A TUNIS OU LE DEFI SECURITAIRE

Les explosions ont eu lieu en fin de matinée à quelques minutes d'intervalle. Les deux attentats-suicides étaient dirigées contre les forces de l'ordre.

Deux attentats-suicides ont été perpétrés, jeudi 27 juin à la mi-journée à Tunis.

Une voiture a été la cible d'un attentat ce jeudi midi sur l'avenue Bourguiba, la principale artère de Tunis. Le kamikaze a visé la police, a indiqué un policier sur place. Selon les autorités, trois policiers et deux civils ont été blessés.

Des morceaux de corps jonchaient la chaussée autour d'une voiture de police sur l'avenue Bourguiba, la principale de la capitale, près de la vieille ville.

Un peu plus tard, on apprenait qu'un deuxième attentat a visé une caserne de la garde nationale, dans le quartier d'Al Karjani faisant quatre blessés.

Fin octobre, Tunis avait déjà été frappée par un attentat-suicide.

Déjà sur l'avenue Bourguiba, une artère très prisée par les passants et les touristes.

Une femme d’une trentaine d’années avait activé une charge explosive qu’elle transportait en s'approchant cette fois encore d'un groupe de policiers. Vingt personnes avaient alors été blessées, dont cinq civils.Elle portait une ceinture d'explosifs, selon les enquêteurs.

L'organisation terroriste Etat islamique revendique le double attentat suicide perpétré ce jeudi à Tunis, rapporte l'organisme américain de surveillance des mouvements extrémistes SITE. Les auteurs des « deux attaques contre des forces de sécurité tunisiennes dans la capitale sont des combattants du (groupe) Etat islamique », a affirmé l'agence de propagande de l'EI Amaq, citée par SITE.

La Tunisie, qui dépend largement du tourisme, a relevé ses mesures de sécurité depuis une série d'attentats commis en 2015, dont l'attaque contre le musée du Bardo où 21 personnes ont été tuées, puis dans la station balnéaire de Sousse, qui a fait 38 morts.

Cet attentat, à quelques semaines des législatives, fragilise le pays ,qui cherche sa voie vers la démocratie.

Carl Delsey pour DayNewsWorld

MOHAMED BEN SALMAN MIS EN CAUSE DANS L'ASSASSINAT DU JOURNALISTE JAMAL KHASHOGGI PAR UNE ENQUETE DE L'ONU

Les enquêteurs de l'ONU ont annoncé mercredi 19 juin détenir des preuves crédibles de l'implication du prince héritier Mohamed Ben Salmane et d'autres hauts responsables saoudiens dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Exilé aux Etats-Unis, où il écrivait régulièrement pour le Washington Post, le journaliste a été vu pour la dernière fois le 2 octobre 2018 alors qu'il pénétrait au consulat général d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie).

Après avoir dans un premier temps nié le meurtre, Riyad avait avancé plusieurs versions contradictoires et soutient désormais que Jamal Khashoggi a été tué lors d'une opération non autorisée par le pouvoir.

Mais un rapport de l'ONU vient invalider cette dernière version de la monarchie.

Dans un rapport rédigé au terme de six mois d'enquête, la rapporteuse spéciale des Nations unies, Agnès Callamard, indique en effet que « M. Khashoggi a été la victime d'une exécution délibérée, préméditée, d'une exécution extrajudiciaire dont l'Etat d'Arabie saoudite est responsable en regard du droit international lié aux droits de l'homme ».

Appel à « ouvrir une enquête pénale »

«  Il existe des preuves crédibles, justifiant des investigations supplémentaires, de la responsabilité individuelle d'officiels saoudiens de haut niveau, y compris le prince héritier », ajoute-t-elle.

Des preuves suffisantes existent donc pour ouvrir une enquête sur la responsabilité de hauts responsables saoudiens, y compris le prince héritier Mohammed ben Salmane, dans l'affaire Khashoggi, selon l' experte des droits de l'Homme de l'ONU

La rapporteuse a mis en garde contre «l'importance disproportionnée accordée à l'identification de l'auteur du crime», soulignant que la justice ne doit pas uniquement établir la responsabilité de l'auteur physique du crime. Onze suspects ont en effet été arrêtés en Arabie Saoudite pour répondre de l'assassinat du journaliste. Mais une enquête judiciaire «vise également, sinon principalement, à identifier les personnes qui, dans le contexte de la perpétration d'une violation, ont abusé des responsabilités de leur poste d'autorité ou ne les ont pas remplies», fait valoir la rapporteuse spéciale des Nations unies dans son rapport.

L'experte de l'ONU appelle en conséquence le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, à «ouvrir une enquête pénale de suivi sur l'assassinat de Jamal Khashoggi afin de constituer des dossiers solides sur chacun des auteurs présumés».

Le chef de l'ONU «devrait lui-même être en mesure d'ouvrir une enquête pénale internationale de suivi sans qu'un Etat n'ait à intervenir», relève-t-elle.

Alyson Braxton pour DayNewsWorld

MASSACRE INTERCOMMUNAUTAIRE AU MALI

L’attaque de Sobame Da, dans la nuit de dimanche à lundi, souligne l’accélération d’un cycle de vengeances intercommunautaires totalement incontrôlé. Au moins 95 habitants ont en effet été tués dans la nuit de dimanche à lundi dans un village dogon du centre du Mali. Un village dogon entier a été rasé avec une rare cruauté par des hommes armés non identifiés. Un nouveau drame dans cette région en proie aux violences, deux mois et demi après un massacre de 160 Peuls .

Vengeances intercommunautaires

Le nombre de morts est encore flou: dans l’après-midi de lundi, le gouvernement évoquait dans un communiqué un bilan provisoire de 95 morts .

De son coté, l'association de chasseurs dogons Dan Nan Ambassagou « a constaté (lundi) avec beaucoup d'indignation l'attaque barbare et ignoble commise sur le village de Sobane » et « condamne avec la dernière énergie cet acte terroriste et génocidaire intolérable »

Des zones sous la coupe de groupes jihadistes

Dans un communiqué publié lundi, le gouvernement malien a soupçonné ces assaillants d’être des terroristes, avant d’assurer que « toutes les mesures seront prises pour arrêter et punir les auteurs de ce carnage ». Des renforts sécuritaires ont d’ailleurs été déployés pour tenter de retrouver les auteurs de cette énième tuerie. Le ministère de la justice a annoncé, lundi soir, l’ouverture d’une enquête, menée par le procureur du pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre le terrorisme.

« Ce n'est pas à un cycle de vengeance, de vendetta, que ce pays doit être conduit », a déclaré à la télévision publique ORTM le président malien, en Suisse pour le centenaire de l'Organisation internationale du travail (OIT), annonçant qu'il écourtait son séjour. "IBK" (ses initiales) a appelé au contraire à des « retrouvailles » entre Maliens, « qui seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie », a-t-il estimé.

L'impuissance de l'Etat

Pour le chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), ce drame illustre l'impuissance de l'Etat malien à empêcher les affrontements interethniques sur son sol."En réponse, une mission  coordonnée de l'ONU a été mise en place avec le soutien des autorités maliennes. Et l'organisation onusienne est mobilisée au Mali pour fournir de l'assistance humanitaire pour aider les personnes touchées. De plus, la mission a bénéficié d'une aide aérienne ce matin, en coordination avec les autorités maliennes, afin d'éviter des attaques futures. ", selon les Nations-Unis, le 20 juin 2019.

Une réunion sur les pays contributeurs de troupes à la Minusma est prévue mercredi après-midi aux Nations unies, dont le Conseil de sécurité doit se prononcer le 27 juin sur le mandat de cette force. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, recommande qu'elle ne soit pas réduite, malgré les appels des Etats-Unis.

Depuis l'apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs « groupes d'autodéfense ». Depuis 2015, ces violences se sont propagées du nord au centre du pays, voire parfois au sud. Elles se concentrent surtout dans le centre, se mêlant très souvent à des conflits intercommunautaires, un phénomène que connaissent également le Burkina Faso et le Niger voisins.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, malgré la signature en 2015 d'un accord de paix censé isoler définitivement les djihadistes, dont l'application accumule les retards.

Les violences ont culminé le 23 mars avec le massacre à Ogossagou, près de la frontière burkinabè, de quelque 160 villageois peuls par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons.

Des violations des droits de l'homme

Depuis janvier 2018, la division des droits de l'homme et de la protection de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) a documenté 91 violations des droits de l'homme commises par des chasseurs traditionnels contre des membres civils de la population peule, dans les régions de Mopti et de Ségou, ayant fait au moins 488 morts et 110 blessés, a indiqué le 16 mai la Minusma lors d'un point de presse.

Inversement, des groupes armés d'autodéfense de la communauté peule ont commis 67 violations des droits de l'homme contre la population civile de la région de Mopti dans la même période, ayant causé 63 morts et 19 blessés, selon la même source.
Joanne Courbet pour DayNewsWorld