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Report des élections au 23 février.
La présidentielle nigériane qui devait avoir lieu samedi 16 février a été repoussée au 23 février par la Commission nationale électorale indépendante du Nigeria (INEC) . L' INEC a décidé de repousser d’une semaine les élections générales (présidentielle et législatives) prévues samedi 16 février, arguant de problèmes logistiques à l’issue d’une réunion en urgence dans la nuit de vendredi à samedi.« Pour pouvoir garantir la tenue d’élections libres, justes et crédibles, organiser le scrutin comme il était convenu n’est plus possible », a déclaré à la presse Mahmood Yakubu, président de l’INEC.
Pays le plus peuplé d’Afrique , premier producteur de pétrole du continent, principale économie africaine au coude-à-coude avec l’Afrique du Sud le Nigeria reste cependant un colosse au pied d'argile.
Les défis auxquels sera confronté le vainqueur de l’élection présidentielle du samedi 23 février seront gigantesques. Le scrutin devrait départager le président sortant, Muhammadu Buhari, et le richissime homme d’affaires Atiku Abubakar, chef de l’opposition et ancien vice-président (1999-2007).72 autres candidats sont en lice pour le scrutin présidentiel.
Le duel de deux septuagénaires Buhari (76 ans), président sortant, et l'homme d'affaire Atiku Abubakar.
Pendant la campagne, l’ancien général Buhari (76 ans), qui avait dirigé le pays dans les années 1980, n’a pas nié les insuffisances de son mandat.
« Cela n’a pas été un long fleuve tranquille », a-t-il reconnu, demandant à ses compatriotes de considérer « les progrès importants » accomplis par son gouvernement et de lui donner la possibilité d’achever les chantiers, notamment en matière de lutte contre la corruption, de sécurité et sur le plan économique. Le président sortant Muhammadu Buhari a promis de faire passer son pays à un niveau supérieur et de faire mieux s'il est réélu.
« Nous sommes déterminés à approfondir le travail que nous avons entamé au cours de ce premier mandat afin que les actifs et les ressources de la nation continuent à être organisés et utilisés de manière à servir le citoyen nigérian », a déclaré le président sortant lors de sa campagne. Mais à 76 ans, sa santé a suscité beaucoup d'interrogations alors qu'il a été hospitalisé à plusieurs reprises à Londres.
Le principal concurrent du président Buhari, qui vient de l'ancien parti au pouvoir, le PDP, conteste le bilan. L'homme d'affaire Atiku Abubakar qui briguera ainsi pour la quatrième fois la magistrature suprême dans sa dernière « adresse à la Nation », s’en est violemment pris au président actuel, traitant sa présidence de « désastre ». Pour lui, le président Buhari a échoué dans sa politique de sécurisation du pays et ses résultats économiques sont décevants à l’instar de sa politique anti-corruption qualifiée de « chasse aux sorcières contre les opposants ».
Il promet le redressement de l’économie du pays et une lutte efficace contre la corruption en privilégiant le retour des fonds détournés dans les caisses publiques grâce à une « amnistie ».
Quel que soit le gagnant de cette élection, les défis auxquels le vainqueur sera confronté sont immenses.
Un pays économiquement pauvre malgré ses ressources en hydrocarbures.
En effet l'économie du pays le plus peuplé d'Afrique est fort mal en point. La crise provoquée par la chute vertigineuse des prix des hydrocarbures en 2015, dont dépend l'économie nigériane, a marqué durablement le pays. La croissance s’est établie à seulement 1,9 % en 2018 restant à un taux inférieur à celui de la croissance démographique dans un pays où le chômage touche un quart de la population active, et même plus de la moitié des 15-35 ans.
Dans ce pays de quelque 190 millions d’habitants – dont la population devrait doubler d’ici à 2050 – cette croissance poussive, sur fond d’inflation élevée, ne peut enrayer la spirale de l’extrême pauvreté. Selon la Banque mondiale, le Nigeria est en train de dépasser l’Inde pour devenir le pays abritant le plus grand nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 dollar par jour. Le redressement de l'économie passera inévitablement par une diversification des activités pour enrayer cette spirale de pauvreté...
Des défis sécuritaires avec la menace de Boko Haram et les conflits fonciers.
Outre le défi économique, la sécurité a été un thème majeur de la campagne pour la présidentielle du 23 février. Déterminante dans la victoire de Muhammadu Buhari en 2015 un ancien général ayant dirigé, d’une main de fer, un régime militaire dans les années 80, la sécurité va encore dominer l’agenda du prochain mandat, notamment avec la montée des affrontements communautaires en sus avec la menace terroriste toujours présente de Boko Haram.
Muhammadu Buhari avait en effet promis d’enrayer l’insurrection jihadiste de Boko Haram qui a fait plus de 20 000 morts et de 2,6 millions de déplacés depuis 2009.
Or dans le nord-est du pays le groupe Boko Haram demeure une réelle menace pour la sécurité de la population, même si en quatre ans, Boko Haram a cédé un peu de terrain face au gouvernement de Buhari. Le groupe terroriste a multiplié en 2018 attaques et attentats-suicides dans plusieurs villes du nord-est. Notamment, l’enlèvement, fin février, de plus d’une centaine de jeunes filles dans un internat à Dapchi (État de Yobe) et le double attentat du 1er mai ayant fait près d’une centaine de victimes à Mubi. En mars2018 l'administration nigériane s'est dotée d'armement américain pour 414 millions d’euros, dont des avions de surveillance et d’attaque, pour réprimer les djihadistes...
Outre Boko Haram, le Nigeria connaît d'autres conflit à régler comme les tensions séparatistes pro-Biafra contestant l’autorité d’Abuja qui persistent toujours dans le Sud-Est et le vieux différend foncier entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires.
Les affrontements meurtriers sont nombreux entre les agriculteurs et les éleveurs notamment dans les États de Benue, Taraba, Nasarawa, Plateau et Kogi. Les éleveurs sont accusés par les agriculteurs de saccager leurs fermes. Mais à ce griefs s'ajoute aussi une dimension identitaire entre les éleveurs majoritairement musulmans et les agriculteurs pour la plupart chrétiens.
En 2018 des éleveurs musulmans auraient massacré deux prêtres et seize fidèles catholiques dans une église dans l’État de Benue (centre du pays). Dès le lendemain, en guise de représailles, onze musulmans furent lynchés dans la capitale de l’État de Benue. Les évêques des États de Benue et Nassarawa avaient alors dénoncé, dans un communiqué, « un programme clair d’islamisation de la ceinture centrale nigériane » dont le but est de « frapper les chrétiens ».
Dans la première économie d’Afrique les défis à relever par le nouveau chef de l’Etat seront immenses à l'instar de cette élection présidentielle repoussée en raison de problèmes de sécurité et de logistique.
Tous les regards sont tournés actuellement vers le président Buhari, de l’APC, et son principal adversaire Atiku Abubakar, du PDP, le scrutin entre ces deux hommes du Nord, musulmans, s’annonçant très serré.
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